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Stratégie territoriale pour l’arrondissement de Beykoz, Istanbul

Posté en Architecture par maximelefranc à janvier, 2009

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La Turquie est aujourd’hui un des pays qui se développe les plus rapidement de la planète, il présente un taux de croissance d’une moyenne de 6,7% par an depuis 2003.

Au delà d’un développement économique intense, c’est un développement spatial des villes que l’on peut observer, et particulièrement sur la métropole d’Istanbul ; capitale économique et première ville démographique du pays. Cette croissance spatiale accompagne une pression foncière et immobilière très forte, qui repousse toujours plus vite les marges de la ville et pose problèmes en terme de délimitation des espaces et coordination des différentes autorités sur le territoire. Celles ci se trouvent aujourd’hui en incapacité de maitriser le dessin urbain et la gestion des ressources naturelles de la métropole car les politiques de planification menées restent trop globales face à des répercussions qui se font à de multiples echelles.

Notre territoire de projet, l’arrondissement de Beykoz – bien qu’encore peu urbanisé – n’échappe pas à ces phénomènes : ici, 3597ha du territoire ont officiellement perdu le statut de forêt par l’implantation d’immenses cités privées. Ces véritables ghettos pour riches sont à la fois de réelles enclaves clôturées, mais également les seules constructions légales réalisés depuis plusieurs années, qui ne permettent donc pas de répondre de manière approprié à la demande en logements majoritairement issue des faibles classes sociales. De plus, ces constructions se font soit par suppression de larges surfaces naturelles comme les forêts, soit par expropriation de Gecekondu, l’habitat spontané local, qui présente pourtant de nombreuses qualités architecturales et soutenables (agencements spatiaux pensées par le vide plutôt que par le plein, logique densifiable, croissance verticale plutôt qu’étalement horizontal, partage du sol et des usages….).

La préservation des espaces naturels et la légitimation de l’habitat spontané apparaissent donc ici comme des questions fondamentales pour pouvoir penser un avenir durable de l’arrondissement. Et comme le révèlent les chiffres sur cette carte, la pollution et la consommation en eau et en énergie sont aussi des problématiques majeures à traiter qui concernent directement ce territoire, d’autant plus que les infrastructures déjà présente sur l’arrondissement sont complétement déconnectés de leurs environnements, fonctionnant uniquement à une échelle globale et pensés tel quel. Il est temps de connecter l’avenir de Beykoz à son territoire.

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Parallèlement aux mutations observées liées aux développements urbains et aux problématiques environnementales, on recense différentes concentrations de populations dispersés dans l’arrière de l’arrondissement. Chacune d’entre elles possèdent son activités économique propre, déterminée en fonction des ressources présentent à proximité : la pêche pour les villages du littoral, l’agriculture et l’élevage pour les plaines…
Ces concentrations fonctionnent à la manière d’un réseau, échangeant leurs productions les unes avec les autres en fonction des besoins locaux. Le système d’échange est sain, durable et économiquement intéressant pour les populations locales qui sont les premiers acteurs et usagers de ce système. Pourquoi ne pas l’appliquer à l’échelle de l’arrondissement ?

Notre stratégie est donc de travailler sur une gestion, une exploitation et une redistribution raisonnée des ressources naturelles à l’échelle de Beykoz. Il apparaît donc important, dans un premier temps, de définir des surfaces à protéger où les constructions devront être contrôlées; ces villages en font partie ; pour perdurer et développer leurs systèmes économiques déjà présent, tout comme les espaces ou se concentrent les principales ressources naturelles (eau et bois), et les premières forêts directement menacés par la croissance urbaine. Mais ce travail sur les ressources ne s’arrête pas à un simple zonning d’espaces à protéger. En effet, la notion même de “Ressources” fait sens par rapport à des besoins et des usages, et donc à leurs processus de production. Protéger les ressources, c’est donc pour nous les mettre en action et donc produire par ce biais de nouvelles ressources (économiques, sociales…)

Cette mise en action et en réseaux va se faire par des unités de production localisées sur le territoire, de la même manière que les villages observés mais à une échelle de production plus importante, le but est de créer un équilibre entre espaces bâti et espaces naturels. Nous proposons de développer dans un premier temps trois unités de productions :
- des dispositifs pour la gestion de l’eau pour l’agriculture à Cumuriyet,
- un centre d’exploitation du bois au milieu de la forêt,
- un parc énergétique au bord du Bosphore.

La stratégie qui se veut autant écologique qu’économique trouvera donc sa pertinence dans son lien entre l’association à l’existant, aux dynamiques et acteurs locaux, et l’inscription dans une gouvernance associé aux politiques de la métropole.

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1. Les dispositifs pour la gestion de l’eau pour l’agriculture.
Cumuriyet est un village organisé autour de l’activité agricole, il est implanté dans une large plaine irrigué, à proximité de la rivière de Riva. L’essor du tourisme qui remonte la rivière et l’étalement du village menace progressivement l’activité agricole, principale ressource d’emplois et de richesses pour les habitants du village.
La stratégie du projet est de venir mettre en place plusieurs dispositifs architecturaux qui associent ces trois dynamiques (tourisme, agriculture et développement urbain). Certains structurent et contiennent la croissance du village, d’autres privilégient un tourisme durable, et tous récupèrent l’eau de pluie et l’eau de rosée pour la redistribuer ensuite à l’agriculture, principale activités consommatrice en eau.

2. Le centre d’exploitation du bois.
Le bois est la première ressource de Beykoz, mais malheureusement, les forêts qui ne disparaissent pas par l’implantation de nouvelles citées privées ne sont pas entretenues et dépérissent progressivement. Le centre d’exploitation du bois propose de cultiver les forêts en mettant en réseaux les propriétaires des terres, les bucherons et les pépinières déjà présentent sur le territoire. Le bâtiment, complétement construit en bois s’organise de manière linéaire suivant les différentes étapes de traitement du matériau. L’enveloppe est travaillé avec des rythmes qui évoque la perception en mouvement des forets de l’arrondissement.

3. Le parc énergétique au bord du Bosphore.
L’ancienne manufacture de chaussures, avec sa situation d’interface entre le Bosphore et la vallée est un espace stratégique d’un point de vue environnemental mais aussi pour le développement durable de la ville de Beykoz (Seulement 1/3 des eaux consommées sont traitées avant d’être déversées dans les cours d’eau)
L’idée du projet est de partir du canal comme élément fédérateur de la vallée en créant un lien piéton nord / sud aménagé suivant 4 séquences : « agriculture », « habitats et jardins », « la prairie » et « le Bosphore ».
Au niveau de l’ancienne manufacture, nous proposons de conserver quelques bâtiments qui accueilleront des espaces de stockages pour les matériaux de la scierie avant exportation par bateaux, et les fruits et légumes de Cumuriyet qui seront ensuite redistribués sur les marchés de Beykoz…. Certains entrepôts seront réhabilités en atelier d’artisans et le bâtiment principal accueillera un espace d’exposition et un laboratoire de recherche sur les nouvelles sources d’énergies propre à base d’eau.

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